CORRIDOR BOUAR-BELOKO BARRICADE, ...

Vend. 15.03.2019 : 10H59

CORRIDOR BOUAR-BELOKO BARRICADE, ASSASSINAT DU CB D’OBO, AFFRONTEMENT ENTRE SELEKA ET ANTI-BALAKA A MOBAYE… A QUOI A SERVI LE DIALOGUE DE KHARTOUM ?

Rebelle 02L’article 34 de l’Accord de paix et de réconciliation de Khartoum, signé le 06 février dernier entre le gouvernement et les 14 groupes armés, n’est-il pas violé par ces derniers ? Au regard de la situation sécuritaire qui prévaut dans certaines villes du pays, un observateur avisé de la vie politique centrafricaine serait tenté de dire que cet Accord est partiellement mis en cause par les groupes armés signataires. Et pour causes ?

Dès la publication de la liste des membres du gouvernement Ngrébada, le 05 de ce mois en cours, les éléments du FDPC avaient barricadé le tronçon Bouar-Béloko pour protester contre la non-nomination de leur leader Koumtamadji alias Abdoulaye Miskine dans le gouvernement, alors qu’il se trouve présentement en exil au Congo-Brazzaville. Des négociations menées par le gouvernement et la Minusca avaient permis de décrisper l’atmosphère qui était tendue. C’est ainsi que les barricades érigées çà et là par les combattants du FDPC, empêchant la libre circulation des personnes et des biens, ont été démantelées. La circulation routière a repris son cours normal mais pas pour longtemps.

En effet, d’après des informations qui nous parviennent de Bouar, les hommes d’Abdoulaye Miskine sont sortis le mercredi 13 mars au village Bogoura et ont une fois de plus barricadé le tronçon Bouar-Béloko. La libre circulation des personnes et des biens est enfreinte par les éléments du FDPC pour la seconde fois sur cet axe routier, principale voie de ravitaillement de la RCA par le Cameroun. Qu’est-ce qui explique ce comportement rétrograde ? N’est-ce pas la violation fragrante de l’Accord de Khartoum, un mois à peine après sa signature ?

A Obo, chef-lieu de la préfecture du Haut-Mbomou, située au Sud-est de la République Centrafricaine, un cas d’assassinat odieux, crapuleux vient de se produire dans la nuit du mardi 12 au mercredi 13 mars. Il s’agit du Commandant de Brigade (CB), l’adjudant Melchisédech Gbosso  de la gendarmerie territoriale de ladite localité. Des hommes encore non identifiés, armés de kalachnikovs, ont fait irruption au domicile du regretté qui se trouve non loin de la brousse. Ils l’ont abattu à bout portant. Une balle est logée dans sa tête et les deux autres au niveau de sa poitrine. Il a succombé sur le champ.

A en croire le porte-parole de la Minusca, Vladimir Monteiro, après avoir écouté les coups de feu, les Casques Bleus basés dans la ville ont fait des patrouilles. La ville est redevenue calme. Malheureusement, les présumés assassins ne sont pas arrêtés car ils se sont fondus dans la brousse, avec l’obscurité aidant. Néanmoins, une enquête est ouverte pour déterminer les circonstances exactes de la mort de ce gendarme, et si possible arrêter les assassins.

Cet acte barbare porte-t-il la marque des groupes armés qui écument la RCA et son peuple ? Difficile de le savoir. Mais, ce que nous savons, de nombreux assassinats ont eu lieu ces derniers temps à la périphérie de la ville d’Obo. Tous ceux qui sortaient en dehors de cinq (5) kilomètres ou qui se rendaient aux champs, à la pêche, à la chasse, ont été systématiquement abattus par ces bandits de grand chemin sans aucune forme de procès. Avec la mort du commandant de brigade de la ville d’Obo, la psychose gagnera davantage les habitants de cette localité qui ne savent plus à quel saint se vouer pour se protéger. Et pourtant, certains éléments des Forces Armées Centrafricaines (FACA) sont déployés à Obo. Malheureusement, ils ne sont pas autorisés à patrouiller au-delà de 05 kilomètres. Seuls les Casques Bleus de la Minusca sont habilités à aller plus loin dans leurs patrouilles. Si l’assassinat du CB est amputé aux groupes armés, alors, nous dirons purement et simplement qu’ils ont franchi le seuil du tolérable et violé l’Accord de Khartoum.

Par contre, à Mobaye, chef-lieu de la préfecture de la Basse-Kotto, des affrontements sont signalés entre les Séléka et les Anti-Balaka. D’après les informations reçues, des affrontements ont éclaté entre ces deux (2) protagonistes de la crise centrafricaine au village Kandja, situé dans la commune de Mbélima. Qu’est-ce qui est à l’origine de ces heurts ? Selon un témoin, tout est parti de la saisie de plus de deux cent cinquante (250) pièces de pagne d’un sujet musulman par les Anti-Balaka dudit village qui sont encore très actifs dans les actes barbares. Informés de la situation, les combattants de l’UPC, basés à Mobaye, se sont déportés dans le village et s’en sont pris aux Anti-Balaka. Des affrontements ont éclaté. Il y aurait cinq (5) à six (6) morts et de nombreux blessés.

De retour dans la ville de Mobaye au début de cette semaine, la psychose a gagné les populations civiles au regard des agissements des combattants de l’UPC. De nombreuses personnes, en majorité des hommes, ont passé la nuit du dimanche 10 au lundi 11 mars dans la brousse, histoire de se mettre à l’abri des représailles qui pourraient survenir. Pour le moment, la ville est calme et les gens vaquent à leurs occupations quotidiennes. Mais la peur se lit sur le visage des populations de Mobaye. L’article 34 de l’Accord de Khartoum qui prévoit le règlement des différends par le dialogue n’a-t-il pas été violé par les Anti-Balaka, les combattants du FDPC et ceux de l’UPC ?

Face à cette situation sécuritaire qui prévaut sur l’axe Bouar-Béloko, à Obo et à Mobaye, nous nous posons la question de savoir, à quoi a servi, sert et servira l’Accord de Khartoum ? La violation à répétition dudit accord n’est pas un bon signe. C’est un danger qui guette la RCA, surtout la barricade du corridor Bouar-Béloko et l’assassinat du CB d’Obo. L’Exécutif doit agir le plus rapidement possible pour arrêter cette hémorragie. La Minusca qui dispose d’un mandat robuste, disons-le entre guillemets, doit aussi s’opposer énergiquement à ces agissements des groupes armés qui risqueraient de remettre en cause l’Accord de Khartoum signé tambour battant. « C’est trop, et c’est déjà trop », disent les Centrafricains.

Denis LOUGOUSSOU-NGOUVENDA

 

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