BOZOUM ET ZEMIO DANS L’ŒIL DU CYCLONE :

Vendredi 07.07.2017 : 12H58

BOZOUM ET ZEMIO DANS L’ŒIL DU CYCLONE : QUE FERONT LES REPRESENTANTS DES GROUPES ARMES ?

 

Au mois de mai dernier, des affrontements très meurtriers ont opposé le FPRC à la coalition Anti-Balaka-FPRC de Azor Khalid dans la ville de Bria, au lendemain de la signature de l’accord politique et de cessez-le feu immédiat entre les groupes armés et le gouvernement. Certains hommes politiques, ceux de la société civile et autres ont apposé leur auguste signature au bas de ce document sous la houlette de la communauté laïque catholique de Sant’ Egidio. Malgré la bonne volonté de certains groupes armés à mettre en application cet accord, d’autres persistent dans des exactions de tout genre sur les populations civiles. C’est le cas de Ali Daras et des éléments d’autodéfense qui sont pour la plupart du temps assimilés aux combattants Anti-Balaka. Ces affrontement inter groupes armés se poursuivent allègrement de nos jours et sont devenus diluviens, intermittents comme la pluie de ce jeudi 06 juillet 2017.

Au cours de la semaine passée, des affrontements d’une rare cruauté ont été signalés à Nzako , Zémio, Ngaoundaï, Kaga-Bandoro, et nous en passons. Ces combats ont occasionné des pertes en vies humaines et des dégâts matériels considérables : des dizaines de morts, des centaines de maisons incendiées, des locaux des ONG humanitaires saccagés et pillés par les malfrats qui poussent en RCA comme les champignons ou qui pullulent en Afrique de l’Ouest comme des sauterelles. Plusieurs personnes se sont déplacées sur des sites ou se sont refugiées dans les pays voisins pour échapper à la foudre de ces rebelles. Même dans les sites des déplacées, nos compatriotes sont aussi poursuivis et attaqués par ces hors-la-loi. C’est le cas des combattants du MPC de Mahamat Alkhatim qui s’en est pris aux déplacés de Kaga-Bandoro non loin de la base de la Minusca.

Aujourd’hui, c’est le tour de la ville de Bozoum chef-lieu de la préfecture de l’Ouham-Péndé. Elle est dans l’œil du cyclone, c’est-à-dire convoitée par les combattants du Mouvement Patriotique pour le Centrafrique (MPC) de Mahamat Alkhatim. D’après le maire de cette localité, des rumeurs folles faisant état d’une probable attaque de cette ville par le MPC, circulent au sein de la population. Une psychose généralisée s’est emparée des habitants. En prélude à cette probable attaque, les Anti-Balaka de la localité et ceux venus d’autres villes, ont désarmé les forces de sécurités intérieure présentes dans la ville et ont emporté leurs armes. Le président de la délégation spéciale de Bozoum n’est pas passé par quatre chemins pour déplorer cette situation et a appelé le gouvernement, précisément les ministres de la Sécurité Publique et de la Défense Nationale à la rescousse.

A Zémio, des détonations d’armes légères se font entendre presque tous les jours. Dans la journée du mercredi 05 juillet 2017, des combats ont opposé pour la énième fois les combattants de l’UPC aux éléments d’autodéfense. Six (6) cadavres ont été récupérés par l’église catholique et enterrés le même jour. Plus de vingt mille (20.000) habitants ont fui les affrontements dans la brousse. Certains se dirigent actuellement vers la République Démocratique du Congo ou probablement vers le Soudan du Sud. Leurs conditions de vie se détériorent de jour en jour et ils ne savent plus à quel saint se vouer pour se protéger. Les combattants de l’UPC sont déterminés à occuper la ville et les éléments d’autodéfense ne l’entendent pas de cette oreille.

Face à cette recrudescence des violences qui gagne peu à peu nos villes de l’arrière-pays, que doivent concrètement faire le gouvernement et la Minusca ? Ils n’ont qu’une seule option aujourd’hui ! L’usage de la force pour contraindre ces hors-la-loi à mettre en application les différents accords et résolutions issues des foras de Brazzaville, de Libreville, de Bangui et de Rome. Car, sans cette pratique, les groupes armés qui ont relégué au dernier rang les accords signés çà et là, vont toujours continuer à tuer, à incendier des maisons et villages entiers, à piller les ressources du sous-sol dans les régions qu’ils ont occupées. Et ces richesses pillées vont leur permettre de se  réarmer et poursuivre leur sale besogne.

Il est temps de mettre fin à ces exactions à grande échelle perpétrées par certains groupes armés. Le sang des Centrafricains a trop coulé sous le pont. Le fait de continuer toujours à caresser les rebelles dans le sens du poils, leur ouvre la voie à toute sorte d’actes barbares, inhumains, bestiaux, indignes. Il faut que cela cesse un jour. Les déplacés internes veulent retourner chez eux pour reconstruire leur vie et vaquer à leurs occupations quotidiennes. De leur côté, les refugiés en RD-Congo, Congo-Brazzaville, Tchad, Cameroun, Soudan manifestent leur désir de rentrer en République Centrafricaine, la terre de leurs aïeux. Pourquoi les groupes armés continuent indéfiniment à prendre tout un peuple en otage ?

Si nos mémoires sont bonnes, ils ont affirmé haut et fort que les Centrafricains sont fatigués. Eux aussi, ils sont fatigués. Force est malheureusement de constater qu’ils ne sont pas fatigués puisqu’ils s’affrontent quasi-quotidiennement. Et ce sont les pauvres civils fatigués, qui n’ont plus la force de fuir les affrontements, qui sont tués, massacrés comme des bœufs à l’abattoir. Ils paient le plus lourd tribut de ces combats entre les groupes armés. C’est trop, et c’est déjà trop. Il faut passer à la vitesse supérieure pour sauver des vies humaines en danger à Nzako, Zémio, Ngaoudaï, Bozoum, Bria, Kaga-Bandoro, Mobaye, Alindao, Zangba, Kabo, et la liste est longue.

Se cramponner derrière les dialogues, les accords, les mises en garde, les déclarations, c’est encourager les rebelles à prendre les villes les unes après les autres. Car les Centrafricains ont l’impression aujourd’hui qu’ils tiennent un double langage. Et pourtant, tous les représentants des 14 groupes armés sont ici à Bangui et versent des larmes de crocodile sur la population civile. C’est la géométrie variable des groupes armés avec beaucoup d’inconnus. Bozoum et Zémio sont dans l’œil du cyclone à l’heure actuelle. Demain, ce sera le tour d’autres villes et ainsi de suite. A bon entendeur, salut !

 

Denis LOUGOUSSOU-NGOUVENDA

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