BOZOUM : DEHORS CASQUES BLEUS DE

Vendredi 29.09.2017 : 09H06

BOZOUM : DEHORS CASQUES BLEUS DE LA MINUSCA ! MANIPULATION OU VOLONTE DE LA POPULATION ?

Minusca et rebelle 2Le mandat de la Minusca est clair : protéger la population civile centrafricaine contre les exactions des groupes armés et accompagner le gouvernement dans la restauration de l’autorité de l’Etat sur toute l’étendue du territoire national. Malheureusement, les jours passent et se ressemblent pour ces soldats onusiens, dits soldats de la paix. Malgré leur présence dans presque toutes les villes de la RCA, des tueries, des incendies de maisons, des destructions systématiques, des tortures, des disparitions forcées, des traitements inhumains et dégradants perpétrés par les groupes armés se poursuivent allègrement. Sous leur barbe, des villes de la RCA tombent les unes après les autres sous le contrôle des branches dissidentes de la Séléka . Pour  de étayer nos propos, nous citons la ville de Bocaranga qui est passée la semaine dernière sous l’hégémonie des combattants des 3R soutenus par le MPC du soi-disant général Bahr.

C’est dans cette situation chaotique que la population de Bozoum, chef-lieu de la préfecture de l’Ouham-Péndé s’est opposée farouchement au déploiement des Casques Bleus de la Minusca dans la localité. Dans la journée du mardi 26 septembre 2017 aux environs de 16 heures, à la vue des Casques Bleus, les habitants ont érigé des barricades dans toute la ville empêchant de ce fait, ces derniers d’y installer leur base. Grâce à la médiation du député de Bozoum 1, les soldats onusiens ont rebroussé chemin. Ils sont repartis à Bouar d’où ils étaient venus. D’après un témoin, oculaire, « nous nous sommes opposés au déploiement des Casques Bleus de la Minusca parce qu’ils ont laissé faire les combattants des 3R à Bocaranga. Ces derniers se sont emparés de la ville en présence des Casques Bleus. Ils n’ont rien fait. Ils ne sont pas intervenus. Ils sont de connivence avec ces hommes armés car ils leur viennent en aide. Nous n’avons pas besoin d’eux à Bozoum ».

Ce témoignage est très accablant pour la Minusca et prouve à suffisance que cette force onusienne n’est pas déployée en Centrafrique pour stabiliser le pays de feu Barthélemy Boganda. Et le démocrate, l’éternel opposant historique, Joseph Béndounga n’était pas passé par quatre chemins pour affirmer que les Casques Bleus de Babacar Gaye, puis de Parfait Onanga-Anyanga, font du tourisme militaire en Centrafrique. C’est ce que nous voyons aujourd’hui. Quelle mouche a piqué la Minusca pour se déployer dans cette ville ? Est-ce le moment opportun ? C’est Bocaranga qui a été attaquée et occupée par les 3R. Cette force aurait dû se déployer dans cette ville pour chasser les hommes de Sidiki. Qu’est-ce qui a poussé ces Casques Bleus à agir de la sorte ? Où étaient-ils ? Qu’attendaient-ils depuis longtemps. Autant de questions qui dépassent l’entendement humain.

Malgré tout, la porte-parole intérimaire de la Minusca se permet le luxe de dire, « en aucun cas, la Minusca n’a été rejetée par la population. Au contraire, elle est sollicitée. Il se pourrait qu’il y a une main invisible derrière ce rejet car la crise profite à certaines personnes. La population serait manipulée ». C’est dans ce contexte que nous nous sommes interrogés de la sorte : la population de Bozoum est-elle manipulée ? Et par qui ? A-t-elle agi selon sa propre volonté ? Pour notre part, nous pensons que les habitants de Bozoum n’ont pas été manipulés. Dans le cas contraire, ce sont les comportements de certains contingents de la Minusca qui agissent en connivence avec les groupes armés qui les poussent à agir de la sorte, à rejeter le déploiement de la Minusca dans leur localité. Car, une fois ces soldats onusiens installés à Bozoum, la ville sera à feu et à sang. Ces cas sont nombreux. Les populations dans l’arrière-pays les accusent souvent d’être à la solde des combattants Séléka et ils les font déplacer d’une ville à une autre. Ce ne sont pas les populations de Bambari, Ngakobo, Bangassou, Gambo, Zémio pour ne citer que celles-ci qui nous démentiront. Même nos compatriotes au Km5 en savent quelque chose.

Donc les populations de Bozoum ont agi en âme et conscience et selon leur propre volonté. La Minusca peut-elle nous dire avec exactitude, qui a manipulé les habitants de Bozoum ? Nous ne le pensons pas. Elle cherche tout simplement à se défendre, à se cacher derrière les doigts de la main. Si la Minusca faisait ou fait son travail comme il se doit, en mettant en pratique son impartialité et sa neutralité, la crise centrafricaine serait déjà terminée. Mais tel ne semble pas être le cas. La neutralité et l’impartialité sont reléguées au second plan par ces soldats onusiens. Tout semble prouver qu’ils sont pour un camp. Quand les combattants des branches dissidentes de la Séléka occupent une ville, cela ne dit rien aux responsables onusiens et leurs poulains. Par contre, si les Anti-Balaka majoritairement chrétiens tentent une incursion dans une ville quelconque, c’est la foudre de nos futures FACA (Casques Bleus) qui s’abat sur eux. Dans ce cas de piètre figure, comment voulez-vous que les habitants de Bozoum puissent accepter la présence des Casques Bleus ? En outre, ils sont toujours accusés d’ouvrir le boulevard à ces combattants Séléka. Le rejet de la Minusca à Bozoum se justifie. Nous avons évoqué les raisons de long en large. Il revient à la Minusca de faire son examen de conscience et de changer de fusil d’épaule pour être en bons termes avec la population centrafricaine.

Les habitants de Bozoum ont ouvert le bal. Certainement que d’autres compatriotes leur emboîteront les pas. Et ce serait très dangereux pour la suite de la mission des Casques Bleus déployés en Centrafrique. D’ailleurs, à Bambari, Bria, Ngakobo, des marches pacifiques avaient eu lieu pour demander le départ de certains contingents des villes précitées. Aujourd’hui, c’est le rejet de la Minusca à Bozoum. Qu’adviendrait-il demain ? La Minusca doit comprendre une fois pour toute qu’une bonne partie de la population centrafricaine n’est plus sur la même longueur d’ondes avec elle. Le fossé ou l’écart se creuse davantage entre les Casques Bleus et ceux qu’ils sont censés les protéger. Ils sont sur leurs dents. C’est un Tsunami ou un volcan en ébullition. La ville morte organisée par le Groupe de Travail de la Société Civile (GTSC) dans un passé récent doit donner matière à réflexion à ces soldats onusiens.

Que cessent leurs façons de faire, d’agir pour qu’ils ne soient plus rejetés comme ce fut à Bozoum. C’est vraiment dommage et regrettable pour une mission onusienne.

 

Denis LOUGOUSSOU-NGOUVENDA

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