BOCARANGA TOUJOURS SOUS HAUTE T... :

Mercredi 27.09.2017 : 09H09

BOCARANGA TOUJOURS SOUS HAUTE TENSION : LA VILLE RESTERA-T-ELLE SOUS CONTROLE DES GROUPES ARMES OU DE LA MINUSCA ?

La situation sécuritaire qui prévaut dans la localité de Bocaranga, située dans la préfecture de l’Ouham-Péndé est alarmante, tendue. La ville est toujours sous haute tension. Depuis la semaine dernière, Bocaranga est secouée par des affrontements qui opposent la coalition MPC – 3R aux combattants Anti-Balaka.

D’après les informations en notre possession, la coalition MPC-3R menée par Sidiki et le soi-disant général  Bahr a attaqué la ville sur deux (2) fronts. Après d’intenses combats très meurtriers, cette coalition a chassé les Anti-Balaka de la ville. Certains habitants ont dû trouver refuge dans la brousse. D’autres se sont déplacés dans les villes de Bouar et Bozoum et leurs conditions de vie se dégradent de jour en jour. Ils ne savent plus à quel saint se vouer pour se protéger. Le député de Bocaranga, le chef de l’opposition centrafricaine, candidat malheureux au second tour de la présidentielle, Anicet Georges Doléguélé et l’honorable Martin Ziguélé sont montés au créneau pour condamner avec la dernière rigueur l’occupation de la ville par cette coalition. L’un d’entre eux est allé plus loin pour dire que l’Accord de cessez-le-feu immédiat de Sant’ Egidio, signé en juin dernier à Rome, a volé en éclat. Et c’est une réalité. C’est au vu et su de tout le monde. Personne ne peut contester cette thèse. Car, deux (2) jours après sa signature, des affrontements avaient éclaté entre les groupes armés à Bria. Sans nous voiler aussi la face, les affrontements n’ont jamais cessé, ils sont quasi quotidiens dans les villes telles que Kaga-Bandoro, Bangassou, Mobaye, Zémio, pour ne citer que celles-ci. Le cessez-le-feu immédiat n’a jamais été respecté par les groupes armés signataires dudit accord. Au contraire les exactions sur les civils et les affrontements intergroupes armés ont doublé d’intensité. Les morts et les blessés ne se comptent plus. Les incendies de maisons, les destructions des édifices publics et privés, sans oublier des attaques contre les humanitaires ont pris une dimension inquiétante. Ils sont en hausse dans les villes occupées par les combattants non conventionnels.

Mais qu’est-ce qui se passe réellement aujourd’hui dans la ville de Bocaranga ? Certains habitants qui ont fui les affrontements et qui se sont réfugiés dans les villes environnantes avaient affirmé que la ville est tombée sous le contrôle de la coalition MPC-3R. Par contre, dans un communiqué rendu public, la Minusca dit avoir repris le contrôle de la ville. « Faux et archi-faux », rétorquent les habitants qui n’ont pas pu quitter la ville car les sorties et entrées avaient été bouclées par ces criminels, ces va-t-en-guerre, ces hors-la-loi. Voilà comment la Minusca trompe la communauté nationale et internationale. Et ces mêmes habitants affirment que la coalition renforce sa position dans la ville au vu et au su de la Minusca. C’est vraiment ridicule pour la Minusca de tenir de tels propos qui ne corroborent pas avec la réalité sur le terrain. Rien ne sert de dire des mensonges, de tromper les gens. Tout ce que les Casques Bleus de la Minusca font sur le terrain, les populations les observent à la loupe. Dans un village, tous les villageois ne peuvent être abattus par des groupes armés. Il y a toujours des rescapés. Ce sont ces rescapés qui observent tout ce qui se déroule sous leurs yeux et en rendent compte à qui de droit.

Dans la semaine du 18 au 24 septembre 2017, les Anti-Balaka avaient encerclé la ville de Mobaye. Des affrontements ont eu lieu. Curieusement, lors de la conférence hebdomadaire de la Minusca du mercredi 20 septembre, un responsable onusien avait affirmé que la ville de Mobaye est sous leur contrôle. Or, en réalité, il n’en est rien. Le chef-lieu de la préfecture de la Basse-Kotto est et demeure sous la coupe réglée des combattants de l’UPC qui agissent selon leur bon vouloir. Ce sont eux qui patrouillent dans la ville. Ses environs sont contrôlés par les Anti-Balaka. Les Casques Bleus mauritaniens sont basés au centre-ville et n’interviennent pas pour mettre fin aux exactions de l’UPC et de leurs alliés, les autodéfenses qui circulent dans la ville. C’est lorsque les Anti-Balaka attaquent qu’ils sortent de leur tanière pour les mettre hors d’état de nuire. S’agissant des exactions des combattants de l’UPC, c’est un mutisme, un statu quo, un silence de cimetière.

Nous pensons pour notre part que ce serait ce qui se passe à Bocaranga. Quand une ville de la RCA est sous l’hégémonie d’une branche dissidente de la Séléka, la Minusca clame sur tous les toits qu’elle la contrôle, que la situation est maîtrisée. Malheureusement, lorsque quelqu’un se promène dans la ville, il se rend compte que la ville n’est pas sous le contrôle de la Minusca mais plutôt des groupes armés. Et c’est leur slogan, « Bambari, ville sans arme » ou « Kaga-Bandoro, ville sans groupes armés » qui les démentit.

Donc en réalité, Bocaranga est aujourd’hui occupée par la coalition MPC-3R. Nous voulons parler ici du MPC, branche Bahr qui a aidé Sidiki des 3R à s’emparer de la ville de Bocaranga. Et pourtant, ce soi-disant général Bahr a toujours dit et redit qu’il est dans la région pour la cohésion sociale, le vivre ensemble. Peut-on opter pour la cohésion sociale et en même temps participer activement à la conquête d’une ville ? Cette question doit donner matière à réflexion à nos autorités qui dorlotent, caressent dans le sens du poil les ennemis de la paix en Centrafrique.

Quant au MPC de Mahamat Alkhatim, par la voix de son porte-parole Tidiani, il dit ne pas être impliqué, ni de près, ni de loin dans l’attaque de la ville de Bocaranga. Bahr a agi seul et pour son propre compte. Mythe ou réalité ? Attendons de voir un peu plus clair pour en dire plus. En attendant, Bocaranga est passée sous le contrôle de Sidiki et Bahr et non de la Minusca.

 

Denis LOUGOUSSOU-NGOUVENDA

 

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