BIENTOT UNE MISSION GOUVERNEMENTALE

Mardi 17.10.2017 : 10H18

BIENTOT UNE MISSION GOUVERNEMENTALE A KEMBE : LES AUTORITES SE SOUVIENNENT-ELLES DE LA PREFECTURE DE LA BASSE-KOTTO ?

Depuis le déclenchement de la crise centrafricaine par l’ex-coalition Séléka et l’occupation totale de la préfecture de la Basse-Kotto par l’Union pour la Paix en Centrafrique (UPC) du « mal nécessaire », Ali Daras, tout semble démontrer que cette partie du pays est abandonnée par les autorités de Bangui. Même les élus de cette localité, précisément ceux de la ville de Mobaye, chef-lieu de la Basse-Kotto, observent un mutisme total, un silence de cimetière. Aucun ministre, depuis le régime transitionnel de Catherine Samba-Panza à celui de Touadéra n’a mis pieds dans cette région. C’était seulement lors des Consultations Populaires à la Base que la présence d’un ministre a été signalée. Après, rien du tout.

Aujourd’hui, l’autorité de l’Etat n’y existe que de nom. Le préfet, les sous-préfets, les maires, les chefs des villages et de groupes ne sont pas visibles. Tous ont disparu dans la nature comme une traînée de poudre. Les écoles ne fonctionnent pas, même les hôpitaux. Pour l’année scolaire 2016-2017, les examens de passage, le concours d’entrée en 6ème, le Brevet des Collèges (BC) et le Baccalauréat, toutes séries confondues, n’ont pas encore eu lieu. Personne n’y songe. Plus de 90 % de la population de la préfecture de la Basse-Kotto se sont réfugiées en République Démocratique du Congo (RDC) et leurs conditions de vie sont alarmantes, se détériorent de jour en jour. Cette situation n’émeut personne, encore moins les nouvelles autorités du pays. Aucun effort n’a été déployé pour tenter de décrisper la situation sécuritaire tendue qui y prévaut. Les ONG humanitaires ont toutes quitté la région et les habitants sont à la merci des seigneurs de guerre, des criminels, des bandits de grand chemin, des malfrats, des hors-la-loi (combattants de l’UPC, Autodéfenses et Anti-Balaka). La préfecture de la Basse-Kotto n’est que l’ombre d’elle-même, une jungle où les groupes armés rivaux font leur loi. Ils dictent leur volonté à qui veut les entendre. Enfreindre leur loi est synonyme de mort. Les  villages se sont vidés de leurs habitants au profit de la brousse. Malgré tout, les populations civiles sans défense, sans protection sont pourchassées jusque dans les lieux saints.

C’est ce qui s’est passé le mardi 10 octobre 2017 où des compatriotes musulmans ont été massacrés par les autodéfenses dans une mosquée à Kémbé. Entre temps, une attaque similaire a été menée par les combattants de l’UPC contre une église protestante à Dimbi pendant que les fidèles louaient Dieu, un certain dimanche, au mois de septembre dernier. Le bilan était lourd en pertes de vies humaines.

Est-ce par rapport à la journée de deuil et de protestation observée le vendredi dernier par les musulmans du Km5 que le gouvernement s’est réveillé de son sommeil profond, a condamné ces actes barbares et a promis d’envoyer une mission dans les jours à venir à Kémbé ? Les autorités de Bangui commencent-elles déjà à se souvenir des populations de la Basse-Kotto ? Nous ne disons pas assez. C’est une intention qui ne s’est pas encore concrétisée sur le terrain. Cette mission se déploiera-t-elle effectivement à Kémbé ? Dieu seul le sait. Et qu’en sera-t-il des villes de Mobaye, Zangba, Alindao, Mingala, Satéma où les exactions sur les populations civiles se poursuivent allègrement au vu et au su des autorités gouvernementales et de la Minusca ?

Pour notre part, nous disons que cette réaction de la Présidence par l’entremise de son porte-parole est tardive mais nécessaire. A maintes reprises, nous avons attiré l’attention de nos gouvernants et des responsables de la Minusca sur ce qui se passe dans cette région, mais en vain. Et ce qui devrait arriver arriva. Nos compatriotes dans les villes précitées s’entretuent, s’entredéchirent. Ceux qui sont entrés dans la Séléka tuent à grande échelle leurs concitoyens qui sont dans la milice Anti-Balaka, et vice versa. C’est la loi du talion, « œil pour œil, dent pour dent » qui prime. Et les ressortissants de cette préfecture, hauts fonctionnaires de l’Etat, résidant à Bangui, sont et demeurent bouche bée. Cette attitude est grave et dangereuse pour la survie de leurs parents.

Récemment, Bocaranga a été occupée par les combattants des 3R. Grâce à la détermination des élus de la préfecture de l’Ouham-Péndé, principalement les honorables Anicet Georges Dologuélé et Martin Ziguélé, ainsi que les ressortissants, la ville de Bocaranga a été libérée par les Casques Bleus de la Minusca. Qu’attendent ceux de la préfecture de la Basse-Kotto ? Réagiront-ils au retour de Jésus-Christ ? Quel genre de députés avons-nous dans la Basse-Kotto ? C’est vraiment ridicule. Ils sont ici à Bangui dans les « Nganda » pendant que leurs électeurs sont massacrés à longueur de journée. Vont-ils encore lors des prochains scrutins demander le suffrage des rescapés ? Qu’ils ne se hasardent pas, sous peine de recevoir un coup de massue sur la tête. Leur statu quo a franchi le rubicond et a débordé le vase.

Le gouvernement centrafricain doit agir vite pour sauver des vies humaines en danger. Il ne s’agit pas seulement de faire des annonces mais de les traduire dans les faits. Une mission gouvernementale dans la Basse-Kotto réconfortera tous les habitants et leur donnera espoir. Les Casques Bleus de la Minusca, surtout les Mauritaniens qui y sont déployés ont échoué lamentablement dans leur mission. Ils sont accusés souvent d’être de connivence avec les combattants de l’UPC. Au cas où cette mission aura bel et bien lieu, il faut donner la parole aux victimes afin qu’elles s’expriment. Et vous serez étonnés de constater que les Casques Bleus dans la Basse-Kotto voguent au gré du vent et prennent partie dans la crise centrafricaine.

Même si aujourd’hui une mission descend à Kémbé, nous savons d’avance que le chemin est encore long à parcourir par le gouvernement pour ramener la paix et la sécurité dans cette préfecture. La population de la Basse-Kotto doit prendre son mal en patience en attendant que le ciel s’éclaircisse.

Denis LOUGOUSOU-NGOUVENDA

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