AFFRONTEMENTS SUR LES AXES IPPY-BRIA ET BRIA-O..

Jeudi 23 Novembre 2017 : 10 : 43

AFFRONTEMENTS SUR LES AXES IPPY-BRIA ET BRIA-OUADDA, BRAQUAGES A KAGA-BANDORO, OCCUPATION DU VILLAGE DEMBIA : LA RCA EST A LA CROISEE DES CHEMINS

A quand la fin des actes barbares des groupes armés ? Où veulent-ils que les Centrafricains vivent ? Sur la Lune ou sur la planète Mars ? Que cherchent-ils réellement ? Quels sont leurs objectifs poursuivis aujourd’hui ? A quoi servent les affrontements, les braquages des églises et des sièges des ONG nationales et internationales, sans oublier l’occupation des villes les unes après les autres? Autant de questions que se posent les Centrafricains du Nord au Sud, de l’Est à l’Ouest.

La situation sécuritaire en RCA va de mal en pire. Les groupes armés ne veulent pas baisser les bras. Ils campent toujours sur leur position initiale, malgré les appels du gouvernement et de la Communauté internationale au dialogue, à la retenue. Les combattants des mouvements politico-militaires tels que le FPRC, l’UPC, le MPC, le RPRC, les 3R et les Anti-Balaka, version Mokom, persistent et signent dans la violence. La marginalisation de la région Nord, évoquée par les combattants Séléka pour prendre le pouvoir de Bangui et chasser l’ex-président François Bozizé-Yangouvonda le 24 mars 2013, n’est plus à l’ordre du jour. S’étant retirés dans l’arrière-pays, les combattants Séléka agissent selon leur bon vouloir. Ils dictent leur loi au gouvernement, à la Communauté internationale, aux Centrafricains sans peur, sans inquiétude. Les préfets nommés par décret présidentiel sont rejetés, refoulés par les Séléka qui prennent leurs armes pour le bout de leur nombril. Avec les armes par devers eux, ils se croient tout permis et au-dessus de la loi. Le gouvernement, les Nations Unies à travers la Minusca, bref les pays amis de la RCA, sont des objets sans valeur, des vauriens, des impuissants aux yeux des groupes armés. En face de ces institutions, de ces Etats, ils disent de bonnes choses, acceptent les propositions qui leur sont faites. Une fois dans leurs régions conquises, ils veulent se faire aussi gros qu’un éléphant ou une baleine sous la mer.

Des accords ont été signés çà et là par les groupes armés, le gouvernement et la Communauté internationale pour la résolution pacifique de la crise centrafricaine. Où en sommes-nous avec ces différents accords ? N’ont-ils pas fondu comme du beurre au soleil ? Cela ne fait aucun doute.

Des informations qui nous parviennent de l’arrière-pays sont tristes, alarmantes, accablantes. Depuis le 10 novembre à ce jour, des affrontements intergroupes armés font rage dans la préfecture de la Haute-Kotto et une partie de la Ouaka. Sur les axes routiers Ippy-Bria et Bria-Ouadda, ces différentes factions rebelles de l’ex-coalition Séléka qui ont élu domicile dans cette partie du pays ne sont plus depuis quelques jours sur la même longueur d’onde. Des combats très meurtriers sont signalés un peu partout dans le seul but de contrôler les zones diamantifères et aurifères dans cette région. Ce qui fâche le plus souvent, c’est que ce sont les pauvres citoyens civils qui paient le plus lourd tribut de ces affrontements. Les uns sont tués, d’autres sont blessés et ne peuvent se faire soigner, faute de centres de santé qui n’existent pratiquement pas ; certains ont tout perdu et sont nus comme un ver de terre.

Sur le tronçon Ippy-Bria, rien ne va plus. L’accord signé par les groupes armés pour la libération de cet axe routier a pratiquement disparu dans la nature. Chaque jour, on n’entend que des tintamarres, des crépitements assourdissants d’armes de tout calibre. Beaucoup de nos compatriotes résidant sur cet axe routier ont trouvé refuge dans la brousse puisqu’ils ne savent plus à quel saint se vouer pour se protéger. Le tronçon qui va d’Ippy à Ouadda en passant par Bria est aujourd’hui un « véritable couloir de la mort ». Les faibles sont écrasés comme des termites, égorgés comme les poulets de chair.

Dans la préfecture de la Nana-Gribizi, précisément dans la ville de Kaga-Bandoro, l’insécurité est galopante. Après le refus du MPC de Mahamat Alkhatim d’installer le préfet de cette région, les braquages ont repris de plus bel. L’évêché de Kaga-Bandoro et le siège du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) ont été braqués par les hommes en armes. Les habitants de cette ville pointent du doigt accusateur les combattants du MPC d’être à l’origine de ces actes barbares. Mais le porte-parole de ce mouvement politico-militaire, Tidiani, dément ses informations et rejette les allégations portées sur les combattants du MPC. Si tel en est le cas, entre le MPC, le RPRC et le FPRC qui contrôlent cette région, lequel des trois (3) a braqué ce lieu saint et le local du CICR ? Que le porte-parole du MPC nous apporte des éclaircissements. Dans le cas contraire, ce sont les éléments du MPC qui ont commis  cet acte odieux puisqu’ils sont très actifs dans la ville de Kaga-Bandoro. Si nos mémoires sont bonnes, ils ne sont pas à leur premier forfait. L’évêché de Kaga-Bandoro où se sont massés les déplacés et les locaux des ONG humanitaires ont été attaqués, pillés, vandalisés par les hommes du MPC. Ce n’est pas leur leader, Mahamat Alkhatim qui nous démentira.

Par contre, dans la préfecture du Mbomou, ce sont les combattants de l’UPC de Ali Daras qui montent en puissance. Dans la matinée du lundi 20 novembre 2017, ils ont pris contrôle du village Démbia, tuant deux (2) personnes et blessant d’autres. Bon nombre de villageois ont fui dans la brousse. A l’heure actuelle, nous ne savons pas exactement comment ils vivent, dans la mesure où tous leurs biens ont été pillés et emportés par ces hommes sans foi, ni âme. En outre, ils ont quitté leurs domiciles sans rien emporter.

A la lumière de ce tableau sombre, nous pouvons valablement affirmer que la RCA est à la croisée des chemins. Les combattants non conventionnels ont ébranlé les fondements de la République et mis en mal le vivre ensemble, la cohésion sociale, la réconciliation nationale. D’où nécessité d’adopter un ton sévère à leur égard. Continuer toujours à les bercer, dorloter, caresser dans le sens du poil, c’est mettre le pays en péril et aussi sacrifier le peuple centrafricain sur l’autel du diable. Ces combattants des groupes armés ne sont pas des enfants. Ce sont des hommes mûrs, même si beaucoup sont des analphabètes, des gens peu instruits. Mais ils n’ont pas besoin d’aller dans les grandes écoles du monde pour comprendre que tuer, incendier des villages, braquer, s’affronter pour des intérêts égoïstes, partisans, bref, commettre des actes barbares sont mauvais et poursuivables. Ils les font sciemment parce qu’ils ont suffisamment d’armes. Qu’ils sachent que Jonas Savimbi, John Garang, Ben Laden..., pour ne citer que ceux-là, avaient des armes sophistiquées et en grand nombre. Demeurent-ils aujourd’hui en vie ?  Sont-ils encore des leaders des groupes armés ? Où sont-ils passés ? Ils sont aujourd’hui sur une autre planète, dans un autre monde.

A l’allure où vont actuellement les choses, les pays signataires des accords militaires avec la République centrafricaine doivent se mobiliser à son chevet pour bouter hors du territoire national ces bandits de grand chemin. Ce ne sont plus des groupes armés comme pensent les gens mais plutôt des terroristes en quête du pouvoir et de la richesse. Ces pays amis doivent mettre la main à leurs poudrières pour équiper les Forces Armées Centrafricaines (FACA), et pourquoi pas envoyer des troupes en RCA. Car nous avons l’impression aujourd’hui que la Minusca est débordée et à montrer ses limites.

Les Centrafricains ont élu démocratiquement leurs dirigeants. Cette jeune démocratie centrafricaine doit être soutenue. Comment se fait-il que les autorités du pays sont abandonnées à leur triste sort face à un groupuscule d’individus qui prennent tout un peuple en otage ? N’y a-t-il pas anguille sous roche ? Difficile de comprendre cette attitude des pays amis de  la RCA .

« Aux grands maux, de grands remèdes ». Le sang des Centrafricains a trop coulé sous le pont. Il faut arrêter cette hémorragie. Les rebelles, si nous faisons notre analyse, préfèrent la mort que la vie. Leurs leaders veulent peut-être mourir les armes à la main. Alors que doit-on faire  dans ce cas précis ? Faut-il continuer à assister sans réagir aux massacres des populations ? La balle est désormais dans le camp de nos dirigeants et de la communauté internationale dont la Minusca.

Denis LOUGOUSSOU-NGOUVENDA

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