AFFAIRE BERENGO ET LA FAMILLE BOKASSA

Mardi 27.02.2018 : 10H07

ENTRETIEN EXCLUSIF AVEC BENJAMIN  CELESTIN GREKOI SUR L’AFFAIRE BERENGO ET LA FAMILLE BOKASSA

Grekoi et famille bokassa« Le choix de Béréngo pour abriter la base militaire russe est devenu une affaire d’Etat. Du gouvernement aux héritiers Bokassa, le dossier va de rebondissement en rebondissement. Benjamin Célestin Grekoï, témoigne de l’histoire pour avoir côtoyé la famille impériale, a tenu à s’exprimer sur ce dossier brûlant de l’heure. Il fustige au passage, l’hypocrisie, la haine, la méchanceté et surtout la très mauvaise foi des Centrafricains. Il demande à lui-même pardon à Dieu pour sa participation à la chute de Bokassa. Mais il loue Dieu Tout-Puissant d’éclairer la lanterne de Touadéra, afin qu’il conduise le peuple centrafricain vers le bonheur et la prospérité. Suivons-nous ».  

Centrafric Matin : Bonjour Benjamin Célestin Grekoï

Benjamin Célestin Grekoï : Bonjour monsieur le journaliste

 

Votre ombre plane dans l’affaire de la famille Bokassa, comment pouvez-vous expliquer cela ?

Comment je peux vous expliquer cela ? Au fait, je ne fais pas partie de la famille Bokassa. Je suis centrafricain et j’ai vécu l’époque de Bokassa. J’étais en classe de 5ème au lycée Jean Bedel Bokassa lorsqu’il  a quitté le pouvoir. C’est pourquoi les gens racontent que je ne suis ni enfant de Bokassa, je ne fais pas partie de sa famille et pourquoi je me mêle dans leurs affaires. Je demande à Dieu de pardonner ceux-là. C’est avec beaucoup de tristesse que je vois le pays de Boganda entrain de souffrir aujourd’hui. J’ai connu le bonheur à l’époque de Bokassa. Aujourd’hui, les choses sont devenues complexes puisque les gens racontent n’importe quoi sur notre pays. On nous a manipulés pour anéantir le régime Bokassa. J’ai participé à la chute de Bokassa  parce que j’étais encore  ignorant à  l’époque. Parmi ceux qui nous ont manipulés contre Bokassa, aucun n’a reconstruit le pays, personne n’a fait mieux. Parmi tous les fils de Bokassa, qui connait l’histoire de leur père et qui peut la relater ? 

Je regrette amèrement ce que les gens racontent sur Bokassa. Quand j’ai commencé à faire des déplacements hors de la RCA et par rapport à ce que j’ai vu ailleurs, je me suis rendu compte que nous avons perdu quelqu’un. C’est pourquoi, je pense que tout ce que les gens disent sur Bokassa n’est que de la connerie. Parce que, Bokassa a dit qu’il est le père de tous les Centrafricains. Il est comme une star que les gens peuvent prendre la photo et afficher dans leurs maisons. Je ne peux pas l’oublier durant toute ma vie. Je demande à Dieu de me pardonner par rapport à tous les actes que j’ai posés contre le régime Bokassa. Parce que, si quelqu’un te fait du bien et que tu lui rends le mal sans pour autant demander pardon, Dieu va te punir. Bokassa est le père de tous les Centrafricains. Il m’a envoyé  à l’EMET( Ecole Militaire des Enfants de Troupe) avant que je sois exclu par un supérieur de l’armée. Bokassa habillait nos mamans, il nous offrait des tenues scolaires quand j’étais en classe de CM2 au moment où Basile Akélélo fut directeur de l’école SAO, à Ouango-Bangui. J’ai un bon souvenir de Bokassa. Voilà ce que je peux vous dire concernant cette affaire. Je ne suis pas fils de Bokassa et je ne fais pas partie de sa famille. Mais il est le père de tous les Centrafricains.

 

Aujourd’hui, le gouvernement a choisi Béréngo pour abriter les Russes qui veulent soutenir le pays dans la formation des Forces Armées Centrafricaines (FACA). Cela est devenu une affaire entre les enfants Bokassa. Comment la percevez-vous ?

Vous savez, ce sont les Centrafricains qui sont à l’origine de leurs malheurs. J’ai essayé cette chose à l’époque de Bozizé  parce que je me considérais comme le numéro 2 du régime Bozizé. Malheureusement, celui qui cultive ne mange pas dans ce pays. L’histoire de Béréngo dont vous parlez aujourd’hui, je demande à Dieu de bénir Touadéra. Ce que Bozizé n’a pas fait, Dieu a conduit Touadéra pour le faire aujourd’hui. Je sais quelque chose de Béréngo que beaucoup de gens ne connaissent pas. Qui ne connait pas Katouka en RCA ? J’étais ensemble avec lui pendant quatre (4) ans et sept (7) mois et il m’a beaucoup parlé de ce pays. Les choses qu’il m’a racontées sur la RCA et le village Béréngo, même les enfants de Bokassa ne le savent pas. Je suis sûr de ce que je suis entrain de vous dire et je suis contre ce genre de comportement. Ceux qui agissent de la sorte sont des gens qui n’aiment pas leur pays, la RCA. Je vous donne comme exemple la ville de Brazzaville. Le président Sassou, après son premier échec, était revenu au pouvoir. Et après avoir longtemps réfléchi, il a décidé d’aller chercher le monument de Pierre Savorgnan de Brazza qu’il a replanté dans la ville. Aujourd’hui, vous voyez que la ville de Brazzaville a évolué. Le Tchad, considéré comme le dernier pays à l’époque a évolué aujourd’hui parce que Deby, dès son arrivée au pouvoir, a pris le temps d’aller chercher la tombe de Tombalbaye pour l’inhumer dans l’honneur. Pourquoi les pays qui nous entourent évoluent sur la base de leurs traditions, alors que les Centrafricains continuent de garder la haine vis-à vis de leur pays ? Je vous dis la vérité.

 L’acte que Touadéra a posé est de sauver la RCA et particulièrement la ville de Béréngo, à retrouver sa lettre de noblesse. Aujourd’hui, les gens disent que la tombe de Bokassa est profanée, mais l’esprit de Bokassa est fort pour conduire Touadéra à devenir président de la république et faire venir les Russes. Parmi ceux qui parlent, qui peut le faire ?

Katouka m’a montré là où on devrait enterrer Bokassa, ce que beaucoup de personnes ne connaissent pas. Je suis entré dans la famille Bokassa et j’ai trouvé maman Catherine Bokassa. Nous avons beaucoup discuté sur certains points. Le président Bozizé est encore vivant. Je lui ai  parlé de Bokassa. Il m’a écouté pour le réhabiliter. Kolingba, Patassé et Bozizé étaient connus sur le plan international grâce au nom de Bokassa. S’ils avaient de bons conseillers dans leur entourage, je pense qu’ils devraient s’occuper normalement de l’héritage laissé par Bokassa, qu’est le village Béréngo. J’ai posé la question à maman Catherine Bokassa pour savoir si le fils de Bokassa, Jean Bedel Bokassa Ngboundoulou est mort comme certaines personnes l’affirment. Elle m’a rassuré qu’il est vivant. Et aujourd’hui, Jean Bedel Bokassa Ngboundoulou est revenu dans son pays. J’ai discuté avec Ngboundoulou et il m’a fait savoir que les gens disent que, si les enfants Bokassa rentrent dans leur pays, on va les tuer. Ce qui a fait que les enfants de Bokassa qui vivent à l’étranger, ont peur de revenir dans leur pays. En revenant dans son pays, Ngboundoulou s’est rendu compte qu’il est trompé par des gens de mauvaise foi et s’il continue de rester à l’étranger, il n’allait pas découvrir la réalité.

J’ai effectué un voyage avec Ngboundoulou de Béréngo à Mbaïki. Ce qui m’a beaucoup impressionné, est qu’il m’a promis que, dès que nous allons quitter Béréngo pour Mbaïki, il allait pleuvoir. Effectivement, il a plu lorsque nous avions quitté Béréngo pour Mbaïki. Et depuis lors, il continue de pleuvoir en pleine saison sèche. Je trouve ça comme un grand phénomène qui doit retenir l’attention des Centrafricains. Donc, si  Touadéra a fait en sorte que le fils de Bokassa, Jean Bedel Bokassa Ngboundoulou revienne en RCA, nous devrons nous unir avec lui et retourner à nos rites traditionnels.

Béréngo n’est pas pour les fils de Bokassa parce qu’il a lui-même dit que ses biens sont pour le peuple centrafricain. Depuis que Bokassa était parti, combien de sociétés ont été créées par ceux qui l’ont précédé pour embaucher des gens et réduire le taux de chômage dans le pays ? Si c’est maman Catherine Bokassa qui s’oppose à l’occupation de Béréngo, je peux dire qu’elle est méchante. Heureusement, j’ai appris qu’elle est d’accord. Donc, il ne faut pas que les gens cherchent toujours à verser de l’huile sur le feu.

 

Un fils de Bokassa, Jean Serge Bokassa qui est dans le gouvernement pense que le fait que Touadéra a fait appel à son frère de revenir, est un acte de division de la famille. Comment l’appréciez-vous ?

Monsieur le journaliste, on ne comprend pas ce qui se passe dans ce pays. J’ai suivi Jean Serge Bokassa à la radio. Et lorsqu’il était venu me trouver avec son petit-frère à Béréngo, le comportement qu’il a affiché n’est pas celui de leur père Bokassa. L’empereur Bokassa a aimé ses frères, son pays et tout le monde. Il peut s’agir des gens qui n’aiment pas le bien de Jean Serge Bokassa qui le manipulent pour agir de la sorte. Son petit-frère Ngboundoulou m’a avoué que son grand-frère a fait beaucoup d’efforts pour devenir membre du gouvernement et député de Mbaïki. Ce qui est un plus pour les enfants Bokassa qui ont toujours peur de regagner leur pays. Et lorsqu’il revient comme cela, il doit être proche de lui parce que c’est lui qui a vécu avec leur père.

Moi qui vous parle, en vérité, j’ai beaucoup lutté pour les biens de Bokassa.  Et certains proches parents de Bokassa m’ont beaucoup appris sur cette famille. Catherine Bokassa est la nièce de Bokassa. Elle était envoyée chez Bokassa pour étudier et que Bokassa, voulant imiter les musulmans, l’a épousée afin qu’elle puisse donner naissance à Ngboundoulou qui n’est autre que le frère-cadet de Jean Serge Bokassa. Ce sont les rumeurs qui tuent ce pays. C’est pourquoi, les gens ne font que raconter n’importe quoi sur la vie de Bokassa. Mais les gens ont commencé à prendre conscience de l’histoire réelle de Bokassa. Maman Catherine m’a promis que son fils va revenir un jour dans son pays parce qu’il a été désigné par son père comme prince héritier de la RCA. Et il est revenu, non pour devenir le rival de son grand-frère Jean Serge Bokassa, mais plutôt pour aider son pays. Ce sont des gens de mauvaise foi qui manipulent Jean Serge Bokassa, que Dieu les pardonne. Je connais le palmarès de Jean Serge Bokassa, mais les gens disent que c’est moi qui verse de l’huile sur le feu pour les diviser. Alors que, lorsqu’il était nommé ministre, je l’ai appelé sur son téléphone pour qu’on puisse discuter sur certains points. Mais il ne le décroche pas.

Pourtant, nous les hommes d’affaires, avons beaucoup d’informations que nous pouvons transmettre aux membres du gouvernement. Et il va dire devant les gens à Mbaïki qu’il me connait. Est-ce sur le bon ou le mauvais côté ? Je demande à Dieu de le pardonner. Je veux que mon pays avance. C’est pourquoi, je demande au Seigneur pour que le régime Touadéra soit un régime de bonheur pour les Centrafricains et non des hypocrites afin que les Centrafricains puissent continuer à souffrir. Notre vue est toujours courte.

A l’époque de Kolingba, Patassé et Bozizé, quand les gens pillaient et saccageaient le village Béréngo, où étaient ceux qui parlent aujourd’hui ? J’ai écouté des gens qui disaient qu’il faut délocaliser les Russes de Béréngo pour le PK 22 route de Damara. Que Dieu pardonne ceux-là. Le village Béréngo doit être remis debout. Je demande au peuple centrafricain de pardonner Jean Serge Bokassa. Ce n’est pas de sa faute parce qu’il est manipulé. Voilà ce que je peux vous expliquez.

 

Selon certains membres du gouvernement, après le monument de Boganda qui est au Building, ce sera le tour du monument Boganda à Bobangui et ensuite le monument Bokassa. Est-ce une bonne initiative ?

Monsieur le journaliste, j’ai fait une émission à la radio l’autre jour et j’ai dit que celui qui va prendre le pouvoir après Bozizé va conduire la RCA au paradis. Aujourd’hui, nous commençons à vivre le paradis. Ngboundoulou, celui qu’on considère comme étant mort, est revenu en Centrafrique d’après la promesse faite par sa mère Catherine Bokassa. C’est un grand changement qui commence à s’opérer. Ngboundoulou m’a dit qu’il va entreprendre des démarches concernant les biens de son père vendus illégalement. Une fois ces biens récupérés, certains vont servir à la construction des lycées, des hôpitaux, d’une université et des usines car, Bokassa ne s’attendait pas de voir la RCA dans cet état. Donc, nous devons bannir l’esprit de la haine et du tribalisme. Parce que, c’est à cause du tribalisme que notre armée est tombée en déconfiture.

C’est une honte de voir notre armée considérée à l’époque comme la 1ère au niveau de l’Afrique, puisse défiler sans arme en 2017 pendant la fête nationale du 1er décembre. Aujourd’hui, Dieu nous aide à reconstruire notre pays, la RCA, a retrouvé son ancienne appellation de « Suisse Africaine ». Les Centrafricains doivent bannir définitivement la culture de la destruction des immeubles de l’Etat et des biens des particuliers. Nous devons changer nos mentalités pour un réel développement de notre pays.

Durant les crises qui secouent le pays, aucun fils des ministres n’est tombé sous les balles. Ils sont tous là-bas à l’étranger pour insulter les gens sur les réseaux sociaux afin de nuire à leur propre pays. D’ailleurs, ils ont démontré leur limite sous les régimes de Patassé et Bozizé, quand ils étaient nommés au gouvernement. Et je pense qu’il est nécessaire que ceux-là reviennent au pays pour qu’on puisse décider ensemble de l’avenir de notre pays. Je veux que nous avancions.

Touadéra a sollicité les Russes pour soutenir notre armée et l’opinion internationale est d’accord pour qu’ils s’installent aujourd’hui en RCA. Est-ce une bonne ou mauvaise chose ?

L’armée centrafricaine a subi une humiliation. J’ai entendu que Bokassa a dit que les Russes ont fait  beaucoup de biens et que ce sont nos cousins-là qui ont détruit les choses que les Russes ont réalisées. Donc, si Bokassa était sous les Russes, il n’allait pas tomber. Et je pense qu’il a regretté en faisant cette déclaration. Ce n’est pas Touadéra qui a fait venir les Russes, mais c’est plutôt Dieu qui l’a orienté. Et dès que les Russes sont arrivés, ils ont choisi premièrement Béréngo. Je considère ce que les gens racontent contre le déploiement des Russes à Béréngo comme une futilité. Parce que, j’étais rentré dans la famille de Bokassa et je connais quelque chose de Béréngo. Je me suis habitué avec le numéro 1 de Bokassa, Ngboundoulou qui m’appelle souvent et me donne des conseils. Voilà pourquoi je me suis intéressé dans cette affaire. Ce que je demande à Touadéra de faire à la fin de son mandat, est d’organiser la réconciliation nationale afin que les Centrafricains puissent s’assoir, parler et trouver des solutions à leurs différends. Je vous remercie

 

Propos recueillis par Bénistant MBALLA

 

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