03 PRINCIPALES RAISONS DE LA PERSISTANCE DE LA CRISE

Mardi 30.05.2017 : 10H27

LES 03 PRINCIPALES RAISONS DE LA PERSISTANCE DE LA CRISE CENTRAFRICAINE SELON LE CHERCHEUR THIERRY VIRCOULON

Le chercheur thierry vircoulonThierry Vircoulon est un chercheur à l’Institut Français des Relations Internationales (IFRI) et enseignant aux sciences politiques à l’Université Sorbonne-Paris-Cité. Dans un article rendu public par le journal « Le Monde », Thierry Vircoulon a évoqué  trois (03) principales raisons de la persistance de la crise centrafricaine entre autres, nous pouvons citer : le programme DDRR comme une utopie lointaine, la reforme de la gouvernance comme rhétorique vide et les contradictions de l’ONU

Le programme DDRR, considéré comme une utopie lointaine

Selon le chercheur Thierry Vircoulon, le programme Désarmement, Démobilisation, Réinsertion et Rapatriement (DDRR), présenté comme la recette miracle pour le retour de la sécurité et censé être mis en œuvre par les Nations-Unies, est bloqué depuis 2015 car, les incitations négatives sont plus importantes que les incitations positives pour le gouvernement et les groupes armés. Le gouvernement n’a aucun intérêt à accepter les revendications des chefs de groupes armés (amnistie, participation au gouvernement et aux institutions de sécurité). De leur côté, les représentants des groupes armés ont tout intérêt à faire durer les discussions sur le DDRR. Il a conclu en disant que malgré les 45 millions de dollars des bailleurs pour le DDRR, les conditions politiques et sécuritaires ne sont pas réunies et l’ONU ne semble pas avoir le pouvoir de les mettre en place. C’est exactement ce qui se passe actuellement quant au respect du processus DDRR enclenché depuis longtemps par les Nations-Unies et les autorités centrafricaines. Certains leaders des groupes armés, à l’exemple de Nourredine Adam du FPRC, de ALI Daras de l’UPC et des Anti-Balaka aile Maxime Mokom qui ne respectent plus leurs engagements en adhérant au programme DDRR pour faire la paix. Ils ont encore leurs éléments sur le terrain qui continuent de tuer, piller et incendier les biens de l’Etat et des particuliers. Ils voguent au gré du vent, en posant des revendications qui ne cadrent pas avec la réalité du pays. Manipulés par leurs chefs guerriers, Bozizé et Djotodia,le FPRC et les Anti-Balaka de Mokom souhaiteraient  soit, la tenue d’un Dialogue Politique Inclusif soit, une « loi d’amnistie » pour échapper à la justice. Ce qui est contraire à la volonté du peuple centrafricain, exprimée lors des consultations populaires à la base et le forum national de Bangui. Le regain de violences caractérisé par les tueries et autres exactions à grande échelle, en présence des casques blues de l’ONU à l’intérieur du pays, constitue un acte de sabotage du processus DDRR qui semble effectivement être une utopie lointaine.

La réforme de la gouvernance, une rhétorique vide

Concernant la réforme de la gouvernance, le chercheur Thierry Vircoulon a expliqué que la crise centrafricaine qui a débuté en 2013 est l’aboutissement d’au moins deux décennies de la mauvaise gouvernance qui ont eu pour conséquences logiques la déréliction de l’appareil d’Etat et la « désadministration » progressive d’une grande partie du territoire. La Centrafrique est devenue un « Etat fantôme », réduit au siège du gouvernement incapable d’exercer les fonctions de souveraineté basiques sur la majorité de son territoire. Le déficit de management des rares services administratifs qui subsistent en Centrafrique fait douter les bailleurs de fonds de la volonté du gouvernement d’enclencher les reformes de gouvernance mises en avant dans sa feuille de route et de lutter contre la corruption. Malgré le retour du pays à l’ordre constitutionnel, la moitié du pays reste sous contrôle des groupes armés, empêchant le redéploiement de l’autorité de l’Etat sur l’ensemble du territoire. Les principales zones minières et diamantifères échappent au contrôle des autorités du pays. Les groupes armés pillent et exploitent frauduleusement les ressources naturelles du pays. Ce qui constitue un manque à gagner pour enclencher des reformes dans la gouvernance et faire face à ses obligations régaliennes.

Dans ce chaos indescriptible, il est difficile de lutter contre la corruption. Les actes de tueries et pillages qui empêchent le redéploiement des services de l’Etat dans l’arrière-pays font douter les bailleurs de fonds de venir investir pour permettre au pays de prendre l’élan de son développement socio-économique.

Les contradiction de l’ONU

Le chercheur a souligné d’autre part que l’ONU est chargée de conduire la Centrafrique vers une paix durable, en raison de la passivité de l’Union Africaine et de la Communauté Economique des Etats de l’Afrique Centrale (CEEAC). Cette stratégie repose sur les mêmes principes qui sont énoncés par le conseil de sécurité pour le Mali, le Soudan du Sud, la RDC : la réconciliation par le dialogue, la lutte contre l’impunité, la lutte contre le trafic d’armes…L’agent d’exécution de cette stratégie est la Minusca qui compte plus de 10.000 casques bleus, dotés du droit d’user de la force en vertu du chapitre 07 de la charte des Nations unies.

L’attentisme et la passivité des casques blues devant les exactions des groupes armés demeurent l’une des causes de la crise qui perdure en RCA. Comme l’a souligné le chercheur Thierry Vircoulon, la Minusca dispose d’un mandat de force, contenu dans le chapitre 07 de la résolution du conseil de sécurité des Nations unies pour désarmer de force les groupes armés récalcitrants. Malheureusement, la Minusca trouve toujours prétexte qu’elle est une force de maintien de la paix et non une force combattante. C’est la véritable contradiction qui laisse libre cour aux malfaiteurs d’écumer à petit feu le peuple centrafricain. Il a conclu définitivement que pour l’heure, on ne voit ni sortie de crise proche, ni solution durable pour la crise centrafricaine, tant qu’il n’y aura pas de pression forte sur les groupes armés…

Eu égard à tout ce qui précède, nous demandons à la Minusca et aux autorités centrafricaines de changer de stratégie pour réduire la présence et la menace des groupes armés afin de favoriser le retour de la paix en RCA.

Bénistant MBALLA

 

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